A la mémoire d’El’hanan Attali

Ce site est consacré à la mémoire de El'hanan Aharon Attali  הי"ד, né à Paris, monté en Israel avec sa famille à l'âge de 2 mois. El'hanan a grandi dans la Vieille Ville de Jérusalem, a étudié la Torah à la Yeshiva "Ateret Cohanim" proche du Kotel et du Mont du Temple, a servi dans une unité d'élite de Tzahal, et a été sauvagement assassiné à l'âge de 26 ans par 2 terroristes la nuit de Pourim 5751 (1991) alors qu'il marchait paisiblement dans la rue Hagaï non loin du Kotel.

אלחנן אתאלי, נחל אוג

“J’ai perdu un fils, un ami, un Rav“
Dans le sillage du Yom Hazikaron – Journée commémorant le souvenir des soldats disparus et des victimes du terrorisme – nous avons rencontré des familles francophones qui ont perdu un fils, tombé lors d’un attentat ou dans le cadre d’une opération militaire. Elles évoquent avec pudeur leur douleur, la réaction de leur entourage, leurs rapports à la foi, leurs actions entreprises pour pérenniser le souvenir de leur enfant et les moyens qu’ils ont choisis pour pouvoir relever la tête. Une leçon de vie pour chacun d’entre nous.

El’hanan Attali, zal
Yossef et Léa Attali ont perdu leur fils, El’hanan zal, assassiné sauvagement en 1991 par deux terroristes palestiniens, dans le quartier arabe de la Vieille ville de Jérusalem.
Le 28 février 1991, la Première guerre du Golfe se terminait. C’était le jour de Pourim à Jérusalem. La population était en liesse, célébrant à la fois la fête et la fin de l’envoi des Scuds, des alertes et des masques à gaz. El’hanan Attali, 26 ans, sortit de sa maison dans le Rova, le quartier juif de la Vieille ville. Il se rendait à la yechiva ‘Atéret Cohanim’ ou il étudiait. Il venait de prier au Kotel et il était en chemin pour organiser le départ d’un groupe qui devait aller prier dans la soirée au Caveau des Patriarches, en l’honneur de Pourim. Il n’était pas très tard, environ 20.00. Il marchait paisiblement (et sans arme) dans la rue Hagaï qui mène du Kotel à Chaar Ch’hem, – la porte de Damas. La rue était déserte. Ce jour-là, George Abbas avait lancé un appel au meurtre de Juifs en signe de vengeance de la défaite de Saddam Hussein. Au coin de la rue, deux Palestiniens se jetèrent sur El’hanan et l’assassinèrent, en le poignardant sauvagement de 13 coups de couteau. Ils cachèrent son corps sur place, dans le quartier arabe de la Vieille ville, et s’enfuirent.

Comment annoncer la tragédie à une mère rescapée de la Shoah?
Pendant ce temps, les parents d’El’hanan, Yossef et Léa Attali, pensaient qu’il était en train de prier avec son groupe au Caveau des Patriarches. “C’est seulement quand le matin est arrivé que j’ai commencé à m’inquiéter”, raconte son père. “Je me suis rendu au poste de police et j’ai déclaré à l’inspecteur que je n’avais pas de nouvelles de mon fils depuis la veille au soir. L’inspecteur m’a regardé d’un œil pénétrant et m’a demandé de m’asseoir. Au même moment, le rav Eliahou Médina, rav du Quartier juif (Rova Yehoudi), et le rav Chlomo Benayem confirmaient l’identification du corps d’El’hanan… Ma femme est rescapée de la Shoah, je ne savais pas comment lui annoncer la terrible nouvelle. J’ai couru à la maison du rav Avigdor Nebentzal (rav ashkenaz du Rova). Sa famille m’a informé qu’il était sorti pour prendre le bus. Je me suis précipité vers la station du bus en question, je me suis dressé en plein milieu de la route pour barrer la route au véhicule et obliger le conducteur à s’arrêter. Le rav Nebentzal est sorti immédiatement du bus. Je suis allé avec lui et avec un médecin annoncer à Léa que notre fils avait été assassiné. Un immense cri de douleur s’est échappé de notre maison. Tous les habitants du Rova se sont rassemblés devant chez nous. Ils étaient déjà venus me consoler une semaine plus tôt pour le décès de mon père zal… Je commençais à réaliser que j’avais perdu un fils qui était également mon ami, et mon Rav!”.

La descente vers le gouffre
Pour la famille Attali commence alors la longue descente vers l’abîme, comme le retrace le père: “Nous avons sombré dans un gouffre très sombre et très profond. J’avais envie de tout quitter, mon travail, mes amis, je voulais couper les ponts avec tout et tout le monde. Les gens ne supportaient pas de voir notre douleur, ils changeaient de trottoir lorsqu’ils nous croisaient, ils nous évitaient pour ne pas avoir à s’empêtrer entre ce qu’ils pouvaient nous dire et ce qu’il leur était interdit. Nous étions très proches du point de non-retour. C’est à ce moment-là qu’est venu nous rendre visite le rav ‘Hanan Porat, qui était le rav d’El’hanan. El’hanan était très attaché à lui. Le rav Porat nous a fait comprendre que notre attitude ne correspondait pas à ce que le Ciel attendait de nous et qu’elle n’était pas non plus de nature à réjouir El’hanan là où il se trouvait. “El’hanan existe toujours, nous a-t-il dit. Il est vivant en haut, il est certes loin de nous là-bas et nous, nous souffrons ici, mais il faut continuer à avancer, pour lui.”

La force de rebondir tirée de l’épreuve même
Cette visite marque un tournant pour la famille Attali, comme le souligne Yossef: “C’est suite à cette visite que nous avons décidé de réagir et de trouver la force de nous redresser. Nous avons cherché ce que nous pouvions faire pour El’hanan. Il avait l’habitude d’organiser des fêtes de Roch ‘Hodech à la source du Chiloa’h, dans la Cité de David. Il aimait beaucoup cet endroit et rêvait de le voir se développer. Il emmenait toujours avec lui des bouteilles contenant de l’eau du Chiloa’h et il en distribuait à tous ceux qui le désiraient. Les eaux du Chiloa’h ont rythmé l’histoire du peuple juif: elles ont en effet été utilisées pour le couronnement de Chlomo Hamele’h, elles servaient aux libations qui avaient lieu dans le Temple au moment de Souccot, on les mélangeait aux cendres de la vache rousse pour purifier les Juifs rendus impurs au contact d’un mort, et ce sont enfin ces mêmes eaux qui seront employées lors du couronnement du Machia’h. Israël et Jérusalem en particulier avaient une place essentielle pour El’hanan. Il était très impliqué dans la préservation des lieux saints. Comme ‘par hasard’, après son décès, la Cité de David a commencé à se développer et a se repeupler de juifs… nous y avons vu un signe du Ciel. De notre côté, nous nous sommes mis à organiser chez nous des cours de Torah et à diffuser des Divré Torah en la mémoire d’El’hanan, nous avons à cœur d’inviter pour le chabbat et pour les fêtes des visiteurs qui sont de passage dans la Vieille ville, bref nous nous efforçons de tout faire pour aller de l’avant et être meilleurs.”

Poursuivre les responsables?
A la question sur la volonté de la famille de poursuivre les responsables, Yossef Attali répond: “On aurait pu demander l’ouverture d’enquêtes à l’encontre du gouvernement, de la municipalité de Jérusalem, de la police, parce qu’ils ont failli à leur obligation d’assurer la sécurité des citoyens civils. On aurait pu aussi poursuivre l’armée qui avait rejeté la demande d’El’hanan de porter une arme afin de se protéger. L’officier qui lui avait refusé l’autorisation, est d’ailleurs venu nous rendre visite pendant les Chiva, il était très mal à l’aise, il s’est excusé. Mais ce n’est pas lui le problème. Les gens nous demandent souvent comment se faisait-il qu’il n’y ait eu aucun garde dans ces rues à ce moment-là… C’est un manquement grave, nous aurions pu lancer une tempête médiatique contre les pouvoirs publics. Je sais que de nombreux parents qui ont perdu un enfant, se sont lancés dans la poursuite judiciaire des responsables, en se disant que si les autorités avaient fait leur travail, leur enfant serait encore en vie. Je ne les blâme pas, mais nous avons vu qu’il ne ressortait rien de tout cela, si ce n’est des regrets, plus grands encore. Quant aux meurtriers, il est clair que la justice divine se fera entendre et que le Ciel leur demandera des comptes. Mais est-ce pour nous, sa famille, une consolation? Nous avons donc opté pour une autre voie, la voie de la reconstruction. Nous avons décidé d’utiliser la force de cette épreuve pour rebondir, pour avancer et faire avancer notre entourage.”

“Tu aimeras l’Eternel de toutes tes forces”
Lors du hesped, de l’oraison funèbre, Yossef se souvient que le rav Eliahou Médina avait fait le parallèle entre la mort d’El’hanan et celle de rabbi Akiva pour le Kidouch Hachem “Le rav Médina a rapporté que dans le traité de Bra’hot, la Guémara précise que rabbi Akiva a rendu l’âme au moment où il prononçait le mot “E’had”, il venait donc de lire la prière du Chema. De même, une heure et demie avant d’être assassiné, El’hanan était en train de prier Arvit au Kotel, il avait également prononcé les mots du Chema, parmi lesquels le premier verset du premier paragraphe: “Et Tu aimeras l’Eternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces”… Les voies du Ciel sont impénétrables, seul D.ieu peut savoir si un individu fait partie des gens qui mettront 80 ans pour accomplir leur rôle sur terre, ou de ceux qui font ce même travail en 20 ans.”

Un conseil: ne pas surprotéger les jeunes enfants
Yossef mentionne un point qu’il trouve essentiel: “Lorsqu’ El’hanan a été assassiné, son frère cadet, Ami’hai avait 10 ans, ils étaient très liés, ils partageaient la même chambre. Nous voulions le protéger, nous nous sommes dits qu’un enfant si jeune ne pouvait pas saisir l’ampleur de la tragédie, nous l’avons délibérément envoyé jouer avec ses amis au moment des Chiva. Ce n’est que bien plus tard que nous avons compris notre erreur, lorsqu’un jour il s’est écrié plein de douleur: “Même lorsqu’ El’hanan a été assassiné, vous ne me l’avez pas annoncé, il a fallu que je le comprenne tout seul.” Nous avons passé des années difficiles. Que personne ne connaisse une telle épreuve, mais mon conseil est de ne pas laisser les jeunes enfants de côté en cas de tragédie.”

26 ans contre 26 Scuds
Yossef conclut: “Quelques semaines après le meurtre d’El’hanan, on apprit qu’un commando américain avait réussi à éliminer 26 Scuds que Saddam Hussein avait cachées. Il prévoyait de les envoyer sur Israël le soir même de l’assassinat, dernier jour de la Guerre, en guise de “feux d’artifice-bombardement d’adieu.”Nous avons vu ici un signe personnel du Ciel car notre fils a été tué a l’instant même de la destruction des Scuds, il avait 26 ans…, et cette attaque meurtrière sur Israël a pu être épargnée au dernier moment”.

La méthode de Léa pour s’en sortir: l’image du train
Léa Attali, la mère d’El’hanan, raconte: “Lorsque l’on m’a annoncé la tragédie, je me suis effondrée. J’ai crié et j’ai sombré dans un profond désespoir, El’hanan me manquait tellement. Je voulais le rejoindre pour tous les moyens. Jusqu’à ce qu’un jour, j’ai compris que pour pouvoir survivre, j’avais besoin de m’accrocher à quelque chose. Je me voyais comme si je voyageais en train, ma destination étant la station où je retrouverai El’hanan dans le futur, ce que j’appelle “le terminus”. Tout ce que je dois faire jusqu’à ce que je l’atteigne, est de faire preuve de patience, d’espoir et de persévérance. Ce que je ne peux pas connaitre à l’avance, c’est la durée du voyage et le moment auquel je vais arriver. En revanche, je peux choisir comment je vais passer le voyage, cette décision dépend principalement de moi, j’ai opté pour faire le trajet en première classe. Je suis montée dans un wagon, plusieurs personnes étaient déjà assises. Plus le voyage dure, plus nous sommes liés les uns aux autres. Parfois, un des passagers montre des signes d’abattement,  et il n’a plus la force d’attendre, alors les autres le soutiennent et le renforcent. Le trajet est agréable. On regarde le paysage défiler, on voit que certains passagers descendent du train, c’est triste pour ceux qui restent, mais on comprend qu’ils sont arrivés à leur destination et que c’est bien pour eux. Par contre il y a souvent de nouveaux passagers qui se joignent à nous, et nous nous réjouissons. Bien sûr, un long voyage comme celui-ci ne peut avoir lieu sans émotion: parfois, on passe dans de longs tunnels sombres, les enfants ont peur et ils pleurent, mais après on retrouve la lumière du soleil et le wagon est à nouveau éclairé. Il y a aussi des moments ou le train freine brutalement, et où tout le monde tombe, certains sont même blessés par la chute, mais l’essentiel est de se rappeler que si le train a freiné, c’était pour nous empêcher d’avoir un accident plus grave. Il faut toujours avoir confiance dans le Conducteur, car même si on ne comprend pas toujours ses actions, Il sait toujours ce qu’Il fait, et tout ce qu’Il fait est bien. Juste un petit conseil: asseyez-vous toujours dans le sens de la marche et ne regardez pas vers l’arrière, vous vous sentirez beaucoup mieux…”